La Grande Traversée de l'Atlantique : La Rochelle - Ponta Delgada (Açores),  mai 2008

1er mai 2008, La Rochelle se prépare à un évènement important pour la région : « La Grande Traversée ». Celle-ci a pour but d’amener une cinquantaine de voiliers français à Québec pour fêter le 400ème anniversaire de la fondation de la ville de Québec par Samuel Champlain, un charentais originaire de Brouage, une charmante citadelle charentaise qui mérite le détour.
 

Gorban a le numéro 27. Il est amarré au quai d’honneur juste derrière le mythique Belem, dans le bassin des grands yachts, au cœur de la vieille ville.

Pendant une semaine, une équipe efficace, s’active pour que notre bateau soit fin prêt, avec des atouts supplémentaires : ordinateur de bord, antenne Iridium externe, frein de bôme, … La semaine est ponctuée de réunions, cocktails, ...

Le 6 au soir, l’équipage est complet pour le repas des équipages. Jean-Gabriel a apporté les polaires clubs, Jacques a réceptionné la nourriture commandée par Internet, Christian vérifie les dernières mises aux point avec Michel, l’homme aux doigts d’or et à l’intelligence concrète.

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Le 7 au soir, le frein de bôme est installé, nous allons tous nous rafraîchir chez Ernest après avoir partagé un verre avec les autres équipages. Le 8, Germain et Jean-Pierre ont fini leurs travaux minutieux, Christian a été au briefing météo, l’équipage a acheté les produits frais au marché. Gorban est prêt pour l’aventure.

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Puis, c’est l’attente du départ : un planning minuté. Gorban partira à 17 heures 05, suivi de deux autres participants. Ensuite, les portes du bassin se refermeront sur la ville en fête. Gorban est parti sous les caméras, l’équipage revêtu des polaires aux armes du GIC.

Le règlement prévoit qu’à partir de la tour Richelieu, les équipages sont libres de leur route jusqu’à l’arrivée à Ponta Delgada. La première nuit, tous les bateaux passent le pertuis d’Antioche avec une surveillance accrue : le radar est en service. Les phares de Chassiron et des Baleines nous accompagnent, remplaçant le soleil endormi.

L’équipage de Gorban découvre un nouveau style de navigation : des quarts, Q1, Q2 et Q3, qui vont durer 10 jours, un bateau qui doit rester propre, la vaisselle à l’eau de mer, au fil de l’eau, la cuisine en mer par tout temps, la tenue du livre de bord en heure TU, le même rythme pour tous. C’est parti, c’est nouveau, le rêve commence. Jusqu’à la longitude de La Corogne, la VHF indique la présence de participants à moins de 15 milles. Ensuite, c’est le silence total. Nous avons choisi une route Nord.

Tous les matins, la collecte des fichiers Grib permet de préciser la conduite à tenir et la route à suivre en fonction des prévisions météorologiques pendant les 3 jours à venir. Merci à Germain , Jean-Pierre et Christian P pour l’installation de l’Iridium et la configuration du PC.

Pendant les 2 premiers jours, l’équipage se forme aux manœuvres essentielles (prise de ris, étai largable, gréement de spi, …) et apprend à se connaître et à vivre en communauté.

Notre Maître d’hôtel, Jean-Paul, n’a pu s’empêcher de nourrir les poissons que Jacques n’a pu séduire, au point de demander un avis médical grâce à l’Iridium et d’envisager une escale à La Corogne. Notre homme ayant pris des « sels », selon les prescriptions de l’hôpital de Toulouse, redevint un équipier, le chemin du large fut repris avec entrain, au près avec un vent mature mais raisonnable (25 à 35 nœuds), fortement arrosé par en haut.

Le vent de Nord qui justifiait les polaires, bonnets et gants, fit place à un vent d’Ouest qui exigea bottes, cirés et cagoules. Ce dernier permit à Pascale de muscler son trapèze, d’apprendre à Patrick Gadget de barrer sans pilote automatique, à l’équipage de mettre en pratique les leçons du premier jour : étai largable, solent, ris, … Certains durent apprendre à manger des salades composites, dans des bols, … Bref, trois jours de glisse à 7/8 nœuds sans « marcher sur les murs » car le chef tenait à la sécurité et au confort de tous.

Les derniers jours furent moins cléments : Éole et Neptune devraient être en congé, les batteries ont été bien chargées, le 7èmeéquipier (pilote automatique) nous permit de manger en terrasse et à Yvon de prendre son petit déjeuner comme à l’hôtel.

Tous réalisèrent un rêve : vivre une traversée océanique pour arriver là-bas ! Leur seul regret fut de ne pas aller jusqu’à Québec où leurs copains de l’armada allaient.

Que peut faire un équipage, à part manger du ris ? telle est la question existentielle des terriens.

En mer, il y a tout, tout ce qui n’existe pas à terre : le silence, la mer, la symphonie du vent, la valse, le tango ou le rock avec les vagues dévergondées les jupons au vent, le rayon vert - Oui ! le rayon vert - (croyons Pascale et Yvon), les baleines au dos rond et à la queue svelte, les oiseaux (Gorban s’est transformé en arche de Noé pendant 2 jours), les bateaux (cargos et voiliers) venant d’on ne sait où, allant ailleurs, le plaisir de la pêche que Jacques a pratiqué avec persévérance, la formation permanente, …

La mer est une scène de théâtre où le marin assiste avec un regard d’enfant et joue sans fard avec son environnement. Il est tour à tour technicien, philosophe, enseignant, infirmier, cuisinier, dormeur, blagueur, chansonnier, sportif, … Il est tout, heureux de l’être et heureux d’y être.

Le bord de Gorban fut particulièrement animé par des « conteurs » d’histoires « vraies » (et/ou romancées) grâce à Jean-Paul dont le répertoire est inépuisable, Jean-Gabriel dont les talents d’improvisation sont évidents et Patrick qui aime avoir le dernier mot, sans oublier la pointe d’humour d’Yvon. Cela permit d’entretenir un niveau d’hilarité quasi constant.

Enfin, terre en vue : Sao Miguel est apparue au petit matin, drapé de son anticyclone favori. Nous fêtâmes l’évènement dignement grâce à notre Maître d’hôtel qui fit sauter le bouchon au moment au nous doublions le phare de Ferraria à 2 miles dans son Ouest. La côte était belle et verdoyante. Éole eut la gentillesse de nous accompagner le temps de l’apéro afin de rendre l’instant encore plus magique.

Cette traversée a permis aux six équipiers de devenir des marins hauturiers. Ils ont, pour la première fois, réalisé un autre rêve : naviguer 1.000 milles sans escale. Cela a été arrosé au vin d’Aÿ le 14 mai à 13 heures 48 TU par 39°47,52’ Nord et 21°00’ Ouest, à 250 milles dans l’Est-Nord-Est de Sao Miguel.

Le 17 mai, à 14 heures 45 TU, nous étions arrivés aux Açores, ce « village » posé au milieu de l’océan comme une cerise sur un gâteau ; un pays de rêve où la beauté, la richesse se dévoilent sans réserve à ceux qui ont l’esprit assez serein pour les trouver.

La vie à terre fut fort animée et enrichissante. Ce fut les échanges entres les différents bateaux (informations techniques, météo, histoires, impressions, apéros, …), des liens qui se créent, une visite de l’île organisée par la GTA qui fut remarquable, un pot du départ très réussi puis le départ vers Gaspé.

Chaque membre de l’équipage a pu découvrir l’île à sa façon : Yvon et Jacques ont arpenté l’île à pied, à la rencontre des lacs en fleuretant avec les nuages, Jean-Paul s’est baigné sur les plages de lave, Pascale a particulièrement apprécié la piscine d’eau sulfureuse après sa mésaventure dans une caldeira, …

Christian, Jacques, Jean-Gabriel, Jean-Paul, Patrick, Pascale, Yvon.

La passation a été faite le 23, en fin d'après-midi. Nous souhaitons bon vent à l'équipage suivant : Sylvie, Bernard, Jean, Jean-Claude, Rémi, Robert, pour aller jusqu'à Gaspé.

« A vous le soin ! »

Informations techniques

  • Route directe : 1.200 milles ; route parcourue : 1.300 milles.
  • Route parcourue en 24 heures : entre 110 et 185 milles.
  • Durée : 8 jours, 21 heures, 40 minutes
  • Vitesse moyenne : 6 nœuds
  • Vents : 3 jours de Nord entre 0 et 20 nœuds ; 3 jours d’Ouest entre 25 et 35 nœuds ;
    3 jours de Nord entre 0 et 20 nœuds.
  • Moteur : 66 heures à 2.000 t/mn ; 1,6 litre/heure.
  • Météo : utilisation quotidienne de « grib.us » : collecte d’un fichier sur 3 ou 4 jours avec un pas de 6 heures pour une zone correspondant à un potentiel de navigation de 2 à 3 jours ; soit un fichier de 15 à 25 KB et un temps de connexion Iridium allant de 2 à 10 minutes selon les conditions météorologiques.
  • Eau : vaisselle et cuisine (1/3 eau de mer, 2/3 eau douce) à l’eau de mer ; consommation (hors bouteilles) = 33 litres / jour.
  • Électricité : surveillance permanente de l’état des batteries et chasse aux consommations inutiles, en particulier le pilote automatique (7 personnes à bord). Les temps de route au moteur (unique source d'énergie) ont comblé largement la recharge des batteries sauf pendant les 3 jours de vents forts d’où 4 à 5 heures de moteur pour recharger les batteries pendant des périodes où la gîte permettait une charge sans nuire au moteur.
  • Batteries : le parc de batterie permet de tenir 24 à 36 heures en faisant attention (ni radar, ni réfrigérateur, ni pilote automatique, ni illumination).
  • Marina de Ponta Delgada : Tous les services administratifs et de clearance sont regroupés à la capitainerie ; l’accueil est parfait. Le chantier de réparation, « Carlos », est très réactif et performant. La marina est très bien surveillée. La brasserie du port est certainement la « terrasse » où l’on mange le mieux. La piscine d’eau de mer, au-dessus du port est très agréable et gratuite pour les plus de 60 ans.
  • Assistance de Toulouse : Après 2 jours de mer, l’un des équipiers présentaient des signes de faiblesse qui imposèrent au Chef de bord d’intervenir. Après une concertation avec les instances du Club, il demanda un avis médical à l’hôpital de Toulouse à l’aide de l’Iridium. Grâce à une formation sécurité ISAF, il put mettre en œuvre le processus de communication : préparation de l’entretien, fiche de bilan et liste des médicaments de la pharmacie de bord. Le déroulement de l’entretien s’est passé selon le protocole recommandé et décrit dans l’ouvrage « guide médical de bord - MED-MER » ; il a permis de remettre sur pied notre équipier et de continuer vers les Açores. Lors de cette expérience, nous avons pu vérifier la réactivité et l’efficacité de l’assistance médicale à distance, accessible grâce à l’Iridium quand on est au large.
  • Iridium : Le téléphone satellite Iridium a été un outil remarquable au cours de cette traversée. L’ajout d’une antenne fixe externe a permis d’avoir des liaisons phoniques de qualité (hôpital, Club, Organisation GTA) et de pouvoir recevoir des fichiers météo tous les jours. De plus, la fonction messagerie, avec Skyfile, est très performante.

Informations touristiques à Sao Miguel

Sao Miguel, la principale île de l’archipel, mérite une escale de plusieurs jours, au moins trois ou quatre.

Ponta Delgada : Une petite ville charmante où l’on trouve tout ce qui est nécessaire pour approvisionner en vue d’une traversée : super marché, marché, gaz butane, ... et pour la logistique : hôtels, restaurants, location de voiture, aéroport.

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Ouest de l’île : ne manquez pas les sept cratères avec les lacs bleu et vert.

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Nord et centre de l’île : Visitez Ribeira Grande et allez voir le « Lagoa de Fogo » ainsi que la plantation de thé unique en Europe.

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Furnas : Visitez cette cité très particulière, son lac, ses fumerolles, ses sources chaudes, sa cuisine volcanique et baignez-vous dans sa piscine à 40°C, visitez le jardin botanique, l’un des plus beau et plus riche d’Europe, qui entoure la piscine dans un site plus que centenaire.

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Est de l’île : louez une voiture pour aller jusqu’à Nordeste, revenez par la côte Sud et baignez-vous dans le site exceptionnel de Vila Franca do Campo, l’ancienne capitale.

Marche à pied : vous pouvez marcher 3, 5, 7, … heures dans des paysages fabuleux pour arriver en haut d’un cratère qui vous laissera béat d’admiration. Départ et/ou retour en bus à partir de Ponta Delgada.

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