L'été 2005, comme en 2003, le Groupe International de Croisière (GIC) a navigué dans les îles de la Reine Charlotte. Queen Charlotte City, capitale de l’archipel, est située à 53°15’ N et 132°05' W, en Colombie Britannique, à 400 milles au NW de Vancouver. L’île du Nord, Graham, est à 30 milles de l’île du Prince de Galles en Alaska, où le GIC navigua en 2004.

Comment y aller

En Colombie Britannique, les grands loueurs de voiliers sont à Vancouver. Leur zone de navigation est comprise entre l’île de Vancouver et le continent : le détroit de Géorgie, une sorte de mer intérieure. Au Nord, on trouve Desolation Sound puis une région où les îles situées entre l’île de Vancouver et le continent ne sont séparées que par des canaux étroits dans lesquels les courants de marée peuvent atteindre des vitesses supérieures à 10 nœuds. Les clients des loueurs vont rarement au delà de Desolation Sound.

Comme en 2003, le GIC a loué un bateau pendant 6 semaines pour que deux équipages se relaient au bout de 3 semaines, à Prince Rupert, un petit port de la côte Nord relié à Vancouver par avion, bus ou ferry. Ayant investi dans les cartes marines et guides de croisière correspondants, le GIC a pu explorer la côte Nord de la Colombie Britannique et les îles proches, jusqu’à Prince Rupert ainsi que les îles de la Reine Charlotte, au large.

Un peu d’histoire

Les explorateurs européens, russes, espagnols et anglais, dont le célèbre capitaine Cook, arrivèrent sur la côte de Colombie Britannique au XVIIIème siècle. Les anglais finirent par en prendre possession. Ils trouvèrent une forêt primaire difficilement pénétrable et des tribus indiennes dispersées. Ses richesses naturelles, fourrures et minerais divers, dont l’or, attirèrent commerçants et prospecteurs arrivant de l’Est, par la terre. Certains s’y établirent définitivement et la colonisation se développa durant tout le XIXème siècle. Le contact avec les populations indiennes fut parfois violent. Les missionnaires tentèrent de les convertir les indiens au christianisme et au mode de vie européen. Les blancs apportèrent des maladies contre lesquelles ils n’étaient pas immunisés, ce qui en fit disparaître 90% en quelques décennies. Ils firent aussi interdire les cérémonies traditionnelles, les potlatches, et saisirent les plus belles pièces d’art traditionnel pour les conserver au musée d’Ottawa.

La nature sauvage

La forêt est composée essentiellement de sapins (spruce) et de cèdres (red cedar). Les sapins sont attaqués par des insectes ; les troncs d’arbres morts restent longtemps debout, droits et majestueux, au milieu des arbres vivants. Dans la forêt naturelle, sapins et cèdres sont mélangés alors qu'ils sont parfois séparés dans les zones exploitées. Là, on y rencontre d’énormes trains de bois flottants.

A terre, l’ours noir est le roi de la forêt ; il y a aussi des biches et daims. Dans l’eau, phoques, orques et baleines tueuses sont des rencontres fréquentes aux environ de Port Hardy et Alert Bay.

Les eaux sont poissonneuses et la pêche est le sport le plus en vue. Le saumon sauvage est la prise préférée ; on apprécie aussi les poissons de roche (rockfishe) pêchés sur les récifs. Les crabes y sont abondants. Par contre, pendant notre croisière, le flétan (halibut) semblait rare. Un bon pêcheur est toujours fier de sa pêche et, si vous-même n’êtes pas trop habile, il vous prendra en pitié et sortira de son congélateur ses prises des jours précédents.

Skookumchuck en août 2005,
de Prince Rupert à Vancouver

En 2005, le bateau affrêté par le GIC était un Océanis 400 : Skookumchuck. De Prince Rupert à Vancouver, au retour, le chef de bord était Jean-Pierre Paraire, le président du GIC.

Samedi 30 juillet : avitaillement et maintenance du bateau à Prince Rupert (le loueur n’y était pas représenté). Dimanche 31 : appareillage et escale à Lawson Harbour dans l’île Lewis. L’équipage d'avant y avait rencontré Wayne et Dan qui habitent Prince Rupert l'hiver et, l’été, achèvent ici la construction d’une maison et de plusieurs cabines en bois au fond de la baie pour y accueillir et amener pêcher des hôtes payants dès l’année prochaine. Ils nous ont accueillis chaleureusement et emmenés relever les casiers dans lesquels des crabes  magnifiquesnous attendaient ; ils nous ont assuré deux repas délicieux.

Le 1er août : appareillage tardif pour être en fin de journée dans Beaver Passage, point de départ pour la traversée de nuit du détroit d’Hecate (90 milles) et une arrivée à Queen Charlotte City au petit matin.

Nous y passons une journée, notamment pour nous enregistrer auprès de l’administration du parc national Gwaii Haanas. Ce parc couvre le Sud de l’archipel : la grande île de Moresby et 137 îles satellites. Les seuls résidents, en été seulement, sont les gardes du parc qui accueillent chaleureusement les visiteurs dans les quelques postes situés aux endroits les plus remarquables. Ceux-ci descendent des indiens Haida qui occupaient l’archipel avant la colonisation. Nous participons à une séance d’information centrée sur l’histoire, le respect de l’environnement et la sécurité, y compris l’attitude à tenir en cas de rencontre avec un ours noir.

Jeudi 4 août : après une nuit à la marina de Sandspit pour laisser passer un coup de vent annoncé, nous contournons à nouveau le banc de sable qui barre l’entrée de la baie de Skidegate et mettons cap au Sud sur le parc Gwaii Haanas. Le soir nous mouillons à Echo Harbour, une baie profonde et calme. C’est la plongée dans la nature sauvage et déserte ; quelques phoques montrent le nez. Nous débarquons au fond de la baie en annexe et allons voir la cascade où, dit-on, les ours viennent pêcher : nous ne voyons que des biches !

Vendredi 5 août : brève escale à Freshwater Cove où une source a été captée et l’eau douce coule à profusion sur un ponton où il est possible de s’amarrer pour faire le plein et prendre une bonne douche, un peu fraîche. Seconde escale à Hotspring Island où nous trouvons une station des gardiens du parc et y signons le livre d’or. Les gardiens ont capté une source, chaude celle-là, qui alimente des douches, très chaudes, et des piscines en pierres brutes près d’une plage, ce qui permet d’alterner bains chauds et froids. Nous allons ensuite mouiller pour la nuit dans Marshall Inlet, autre endroit où les phoques sont plus nombreux que les plaisanciers.

Samedi 6 août : nous contournons l’île de Burnaby. En route, nous pêchons un magnifique rockfish et voyons une baleine s’ébrouer au fond d’une baie. Dans l’après midi nous mouillons à Bag Harbour, au Sud de Dolomite Narrows. A une autre heure de la marée nous aurions pu venir ici plus directement en franchissant, à l’étale de haute mer, ce passage resserré entre les îles de Moresby et Burnaby, pavé de récifs, où il faut suivre très scrupuleusement des alignements réalisés, sur la rive, avec de petits pieux de couleurs vives. Il est recommandé de reconnaître le passage en annexe avant de s’y engager, ce que nous avions fait après avoir mouillé à Bag Harbour. La beauté du paysage valait bien le détour !

Dimanche 7 août : en quittant Bag Harbour, nous voyons un ours sur la rive Ouest de Burnaby Island.

L’après midi, nous arrivons à l’entrée de Houston Stewart Channel, un passage qui relie le détroit de Hecate à l’Océan Pacifique et où l’on peut rencontrer des courants très forts. C’est l’heure de la renverse ; nous nous y engageons pour mouiller à Rose Harbour, une ancienne station baleinière, seul domaine privé ayant échappé à l’emprise du parc. Deux établissements familiaux y accueillent les visiteurs, Götz et Suzan à l’Est de la baie, Patrick et Mary à l’Ouest. La station des gardiens du parc est à l’écart sur l’île Ellen. C’est le point d’accès au Sud de l’archipel, ce qui explique l’escale, de temps à autre, d’hydravions amenant les visiteurs d’un jour ou d’une semaine : pêcheurs, kayakistes ou plongeurs. De fait, quand nous arrivons, l'un des deux corps morts est occupé par un hydravion. Peu de temps après, un canoe jaune, portant fièrement une petite voile, entre dans la baie. Arrivé à proximité, nous engageons la conversation avec Terry, habitant de Queen Charlotte City, qui se déplace ainsi dans l’archipel pendant l'été. Il campe sur la plage au fond de la baie. Il vient de pêcher deux poissons de roche sur les récifs de Houston Stewart Channel, nous en offre un pour le dîner et vient boire une bière à bord. Le soir, nous lui rendons sa visite devant sa tente sur la plage et, de là, allons à pied rendre une autre visite à Patrick et Mary. Patrick vient de rentrer avec des crabes qu'il prépare pour le dîner. Ils ont un couple de visiteurs, des anglais d’Exeter. Pendant que le soleil se cache derrière les grands arbres, nous évoquons avec eux la côte Sud du Devon et la baie de Lyme que le bateau du GIC traverse souvent. Lorsqu’ils reviennent à leur maison de bois, l’entrée de leur terrasse est barrée par une énorme perdrix (grouse).

Lundi 8 août : un banc de brouillard couvre Houston Stewart Channel ; de toutes façons, nous devons attendre le jusant pour repartir vers Anthony Island à l’Ouest. Nous y débarquons après avoir appelé les gardiens (VHF canal 06) ; l’un d’eux, James, vient à notre rencontre et nous fait visiter les ruines du village Haida de Swaang Gwaii, site du patrimoine mondial. Ensuite, nous appareillons pour la traversée de retour vers le continent.

 

Au large du cap Saint James

Nous contournons le cap Saint James, au Sud. Une bonne brise de NW se lève et nous traversons le détroit d’Hecate sous un ciel étoilé. Dans la matinée du mardi 9 août nous mouillons à Shearwater, près de Bella Bella, le centre urbain de cette partie de la côte. Ici commence notre retour vers Vancouver et le monde occidental ; il durera 10 jours en alternant les mouillages dans des baies de moins en moins sauvages et les quelques ports développés autour des anciens établissements coloniaux, conserveries notamment ; ils sont desservis par les ferries allant de Vancouver à Prince Rupert par le « passage intérieur », entre l’île de Vancouver et le continent. On ne citera que certaines escales.

Le 11 août, nous arrivons au mouillage de Miles Inlet, dans l’après midi. On y pénètre par un étroit chenal très spectaculaire. Au delà du mouillage, on découvre un énorme plan d’eau intérieur que l’on explore en annexe. Nous sommes suivis au mouillage par un yacht à moteur américain. Son équipage observe nos efforts infructueux à remonter le moindre poisson, alors qu’ils préparent un magnifique saumon, pêché le jour même, pour leur dîner. Alors que nous buvons un whisky dans le carré et nous préparons à faire cuire des pâtes pour le dîner, nous entendons frapper sur la coque : nos voisins de mouillage, famille au complet, nous apportent les restes de leur dîner. Ils ont fait cuire le saumon entier, en ont mangé une moitié et nous offrent l’autre.

Le lendemain, encore à Port Hardy, nous allons voir Doug de Stryker Electronics pour nous remettre des pièces de rechange envoyés par notre loueur de Vancouver. Il s’intéresse à notre croisière. Quand je lui parle du maigre résultat de nos pêches, il va chercher un énorme saumon congelé, pêché la veille, et un quartier de morue noire (black cod) qui ont nourri le bord pendant trois jours.

A port Hardy, dans le détroit de la Reine Charlotte : brouillard, orques ou baleines tueuses, trains de bois flotté sont nos rencontres les plus marquantes. Ensuite, Alert Bay et le détroit de Johnstone. A Alert Bay, au début du siècle, pêcheurs, conserveries de poissons, négociants en fourrures et missionnaires voisinaient avec un village indien. On y trouve un musée où sont conservés des objets d’art des indiens Kwakwakas.

On arrive dans la région où la consultation des tables canadiennes, marées et courants, excellentes, sont indispensable. Pour l’itinéraire choisi, cela culmine dans Dent Rapids et Yucalta Rapids... il suffit de s’y présenter à l’heure de l’étale.

Au Sud des rapides, on trouve Lund : une petite marina très accueillante et un village qui marque l’extrémité Nord de la route côtière transaméricaine 101 ; elle part du Chili et se termine ici.

Déjà le détroit de Georgie et sa « côte ensoleillée » qui se prolonge jusqu’à Vancouver. La forêt et les phoques sont toujours présents. Ca ressemble à la Bretagne Sud en retirant 95 % des habitants et la même proportion de plaisanciers. Quand on y dit que l’on revient des îles de la Reine Charlotte, le rêve passe dans les yeux de nos interlocuteurs.

Sur le web :

  • Parc National Gwaii Haanas :

    - http://www.haidagwaii.ca/ 
    - http://www.haidagwaii.com/

  • Rose Harbour :

   - http://www.roseharbour.com/ 
   - http://www.gwaiihaanas.com/

Bibliographie :

  • Don Douglass & Réanne Hemingway-Douglass, Exploring the North Coast of British Columbia, FineEdge.com
  • Ryan Ver Bermoes & Graham Neale, British Columbia, Lonely Planet
  • Suzanne Vreeland, The forest lover, Penguin Canada


Vue d'un restaurant à Prince Rupert


Coucher de soleil près de Prince Rupert


A la barre de Skookumchuck

Sur le pont de à Queen Charlotte City
 
Sur le pont de à Queen Charlotte City


Cascade à Echo Harbour : les ours viennent y pêcher


La pêche miraculeuse


Bois échoué sur la plage de Hotspring Island


Un alignement de Dolomite Narrows


L’ours de Burnaby Island


Rose Harbour


Brouillard sur Houston Stewart Channel


Totems funéraires à Sgaang Gwaii (Anthony Island)


Totems à Alert Bay

L'auteur
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